Vagues à l'Âme

Je vis des vagues. Des élans dans des directions différentes, comme si la définition que je veux donner de qui je suis allait et venait dans différentes directions.
Je vis des vagues. Des élans dans des directions différentes, comme si la définition que je veux donner de qui je suis allait et venait dans différentes directions.

Quelquefois, je suis rationaliste, réductionniste, scientifique. Peut-être est-ce cette professionnelle déformation en moi - après tout je suis physicien - qui a besoin de connecter avec une réalité observable, reproductible, empirique. "C'est tout ce qu'il y a" devient mon motto. Je suis une étrange absurdité comme chantait Goldman. Ces moments surviennent alors que je suis plus en paix avec moi-même et avec la vacuité possible de ma propre existence. Je suis à l'aise avec une non-dualité matière-esprit. Je suis alors confortablement un produit de mes neurones, une propriété émergente de la complexité de la matière qui me constitue. À ces moments, j'ai tendance à rejeter tout ce qui s'appelle religions, et même à vouloir croire à l'élaboration d'une éthique humaniste où le respect, la liberté, la compassion, l'amour et la connaissance seraient les clés idéales de l'avenir de l'humanité sans avoir à en appeler à "quelque chose d'autre". Science et poésie pourraient coexister pour amener l'être humain à devenir ce qu'il peut. Mes lectures sont alors composés des titres comme "Science et Quête de sens", "A Deamon-hunted world, science as a light in the dark" ou "L'Univers dans un atome" du Dalaï-Lama... Mais toujours, dans ces moments de stabilité, Gödel arrive et me fait douter de la stabilité de mon édifice et j'entre-ouvre une porte - ou est-ce une fissure qui s'élargie.

Il m'arrive alors de devenir transhumaniste, dans le sens montré par les Theillard de Chardin, Hegel, Wilber. Ce sont des moments turbulents de recherche et de Quête où je cherche un signal, une étincelle, une voie. L'espoir me dicte que je veux être plus qu'il ne semble, que je fais partie de quelque chose de plus grand que moi, que je m'inscrit dans un élan de l'Univers qui a un sens qui n'est pas du hazard et qui, systématiquement et inexorablement, m'amènera, ou plutôt amènera l'Humain à ce point Omega de Theillard. Dans ces moments, mes lectures sont plus orientées vers mes besoins, et je lis des ouvrages tels que "A Brief History of Everything", "le phénomène humain" ou "Order out of chaos" de Prigogine.

Finalement, il y a ces moments plus noirs, où ce besoin d'absolu et de transcendance est plus essentiel. Je deviens alors avec une vision plus mystique du monde. Alors je regarde du côté des religions. Je ne suis plus capable de trouver refuge dans le Christianisme, trouvant infantilisant le discours historicisé Jesus. C'eut pu être tellement mieux! Le refuce nécessaire, je le trouve alors plus adéquatement dans certains aspects du bouddhisme - religion ou philosophie - et mes
lectures vont vers les "Pièges et périls de la vie spirituelle", "Le livre tibétain de la vie et de la mort" et même des ouvertures vers les auteurs plus nouvel-agistes.

Je remarque comme pattern que je vais du scientifique, au transhumaniste au mystique pour revenir au transhumaniste et
finalement au scientifique. Je parlais de vagues au début de ce texte...

Pour me disculper et me faire reconnaître comme participant à la condition humaine, je dois dire que je ne suis pas toujours aussi heavy! Il m'arrive de ne pas me poser de questions - des moments neutres - où je ne fais que vivre. Des moments sans histoire. Mais, sont-ce des moments de vie? Une vie sans histoire, est-ce une vie? Le temps, sans événements, existe-t'il? Je devrais peut-être les nommer "moments de repos". À l'instar du sommeil où le corps récupère son énergie, peut-être avons-nous besoin de moments vides de sens et de questionnements.

Je ne suis certainement pas dans un tel moment ces mois-ci.