Explorateurs de Vie

Questions du sens de l'être. Le "qui" et le "pourquoi".
Trop souvent, nous qui vivons citadinement, oublions que notre vraie nature est parmi les arbres, les champs, les montagnes et les étoiles... Là se trouve le véritable miroir qui nous ramène à nous-même et qui nous souffle à l'âme la question: Qui es-tu? Comment pouvons-nous y répondre sans le parfum des fleurs, le balancement des arbres dans la brise, les nuées des montagnes et l'inspiration intemporelle du scintillement des étoiles?

Quand cette trop intense question trouve écho trop facilement, alors elle s'éteint. Jusqu'au jour où la nuit noire naît d'une plus grande vicissitude. Ce qui nous avait jadis retourné un écho devient fragile cristal, se brise en milliers d'éclats qui formeront autant d'étoiles en l'espace vide ainsi créé. Alors la question oubliée refait surface, se rallume et aveugle. Elle occupe tout le champ de vision, tous les sens, tous les sons.

Et la Question exige une Réponse. Mais justement, et c'est là le paradoxe de cette condition humaine que nous partageons tous ultimement, la réponse se cache dans la démarche - toujours fuyante, comme l'horizon ou se porte le regard de l'explorateur. Oh! Bien sûr! On peut avoir l'illusion de la saisir cette réponse, d'avoir atteint un horizon. Mais la vie s'en chargeant, cette réponse illusoire volera aussi en éclats et ouvrira la voie à la démarche qui ne peut que se continuer. Toujours. Car le premier pas entame une inertie que rien ne peut arrêter - pas même le temps, pas même l'amour, pas même la mort.

Et bientôt, nous comprenons. Lentement notre esprit lâche prise sur la certitude. Et nous apprenons à vivre sans constamment sonder un sol illusoire, sans tester l'ancre, sans s'agripper à des constructions de l'esprit. Et l'on réalise que cette Quête sera éternelle, sans fin, sans but, sans arrivé. On comprend que la beauté du voyageur est dans le voyage lui-même. Que la destination imaginée n'est que prétexte. Un explorateur se moque d'où il va. Il explore. Ainsi en est-il de notre propre existence. Nous sommes des explorateurs de notre vie.

Il arrive que l'explorateur, à mi-montagne, ou dans la forêt trop dense, perde son chemin et oublie la lumière intérieure qui, jusqu'à présent, le guidait fidèlement à travers les nuits de la Vie. Une autre question germe alors: Pourquoi suis-je? Et cette nouvelle question, combinée à l'ancienne crée un duo encore plus intense... Un tout plus grand que la somme de ses parties. Et ces deux interrogations sont désormais indissociables, ne peuvent plus exister séparément. Le 'Qui' est lié au 'Pourquoi' et la Quête de Soi devient aussi une Quête de Sens. Mais ce ne sont que deux aspects d'une seule et même Quête. Et cette Quête se fait au-dedans, mais aussi au-dehors; Elle se fait seule et à plusieurs; Elle se fait de jour et de nuit. Elle allie les contraires et lève leur apparente opposition.

Et, inexorablement, cette Quête ramènera à regarder les arbres, les champs, les montagnes et les étoiles. Mais cette fois-ci, le regard aura changé. Il ne sera plus interrogateur, mais contemplateur. Et alors sur l'âme jadis tourmentée, soufflera cette brise qui, au lieu d'apporter une question, amènera non pas une réponse pour taire une question, mais une réponse pour compléter une question. Car la question et la réponse, comme tous les autres contraires, sont aussi des aspects de cette chose que nous cherchons et que nous appelons trop légèrement la Vérité.

Et les étoiles, indifférentes, continuent de briller, toujours, intemporelles.