La maîtresse a des trous dans les souliers

Mes réflexions suite à la superbe soirée passée avec Stéphane Poulin et Cie.
Lundi soir je ne filais pas trop. Claire m'a appelé et m'a poussé à faire quelques appels téléphoniques qui étaient au centre de mes efforts de procrastination - art où je suis passé maître d'ailleurs! J'ai téléphoné à Stéphane Poulin (hé oui! l'illustre illustrateur! Winking Après quelques échanges amicaux, nous avons convenu de nous rencontrer pour prendre un café et refaire le monde, ce mercredi - ce soir.

La soirée fut délectable, tout comme le Ice Wine qui l'accompagnait. Nous avons parlé, bien sûr! de la guerre qui se prépare en Irak, de la marche de la paix dont nous faisions partie, de la vie, de la mort, du sens... Il est souvent difficile d'évacuer ou de ne pas teindre une conversation de ses propres questions existentielles quand elles sont si brûlantes.

Plusieurs paroles qui furent prononcées, autant par Stéphane, Christine ou Claire, résonnent encore en moi. Mais l'image la plus persistente demeure celle du buffet: rien ne m'empêche d'y retourner plus d'une fois! Pour bien comprendre l'allégorie, il me faut expliquer un peu mon état d'esprit ces jours-ci.

Depuis quelques jours, je suis en intense questionnement sur ce que je vais faire du restant de ma vie. Un fait est: j'existe. À partir de ce point, deux options s'imposent: 1. Ma vie est le résultat d'un hasard né d'un chaos et vers lequel je retournerai la seconde suivant ma dernière respiration; 2. Mon existence s'inscrit dans une fresque, une symphonie, un poème, qui me dépasse et me transcende et cette fresque, cette symphonie, ce poème a un sens, un dessein intrinsèque. Devant ce choix, je choisi de croire en la deuxième branche de l'alternative.

Je décide consciemment de croire que l'Univers a un sens. Que l'évolution a un sens. Que dans l'échelle de la complexité remontant à la nuit des temps et au monde de l'infiniment petit des particules sub-atomiques jusqu'à présent à travers les étoiles et la vie consciente, une direction se dessine. Une flêche prend forme. Quelque chose émerge, tout comme ma conscience personnelle émerge des milliards de neuronnes qui composent mon cerveau. Tout comme je suis plus que la somme de mes parties, je fais partie d'un tout plus grand que la sommes de ses parties.

Tel est mon choix conscient de ce en quoi je crois.

Et dans cette fresque je veux être un coup de pinceau qui contribue. Dans cette symphonie, je veux être une note qu'on écoute. De ce poème, je veux contribuer un vers. Je ne veux pas être le titre non! Ni même une rime riche. Juste un vers. S'il est riche, tant mieux! S'il est titre, encore tant mieux. Mais il me doit contribuer.

Et me voilà avec mes talents, mes limites, mes désirs et mes intérêts. Et je dois combiner tout ceci afin de me construire une existence qui a un sens. Quelquefois j'éprouve le syndrome de la page blanche - ne sachant par où commencer, faute d'idées ou d'inspiration. D'autres fois, je me sens comme devant un buffet, paralysé devant le choix qui se présente à moi et ne pouvant déterminer quel est le meilleur choix à faire. Hé oui! Je peux y revenir plus d'une fois - chose que j'ai déjà fait d'ailleurs...

En revenant de chez Stéphane, Claire me faisait remarquer dans l'ascenseur de mon bloc que ses souliers étaient troués. Elle achète tout plein de livres pour ses élèves, mais elle a des trous dans les souliers. On a alors eu l'idée d'une belle histoire de littérature jeunesse: La maîtresse a des trous dans les souliers.