Lutte à la pauvreté et voilée d'oiseaux

Nous nous sentons souvent impuissant devant la pauvreté. Comment réagissons-nous collectivement?
Depuis quelque temps, je visite les sites web des Nations Unies et de l'Unesco. Mes rechercher Google utilisent de plus en plus les mots pauvreté, lutte, économie...

J'entendais et lisait récemment la phrase suivante: Chaque jour, 30 000 personnes meurent d'avoir bu de l'eau impropre - c'est 10 fois le nombre de victimes du WTC.

Il est difficile d'exprimer l'effet que cette phrase a eu sur moi. Bien sûr! une prise de conscience. Bien sûr! une modification de mon comportement. Mais aussi je commence à ressentir les effets négatifs: je la répète, et la réception est loin d'être celle que je souhaiterais. Chez certains, je deviens gauchiste, extrémiste même. Chez d'autres, cela provoque une réponse émotive vive et un sentiment d'écoeurement insoutenable.

J'ai eu ces deux réactions de plein fouet au visage aujourd'hui. Je crois que je vais simplement taire cette phrase quelque temps, histoire de me donner le temps de décanter la situation et de comprendre ce qu'il se passe.

Devant l'ampleur du phénomène de la pauvreté, le sentiment général que nous avons, nous qui vivons du bon côté de la planète est un profond sentiment d'impuissance. Personne ne peut être insensible. Mais que pouvons-nous faire? Déjà nous sommes engagés dans un rouage social boulot-famille qui s'emballe et dont le contrôle ne nous appartient pas toujours, et tout à coup, entre deux sprints, nous voyons des images de la famine en Afrique qui emportera cette année encore des millions d'êtres humains. Comment réconcilier notre âme qui ne peut que se déchirer devant une telle situation?

Tel les voilés d'oiseaux, les êtres humains tendent à vivre avec leur semblables. Ainsi, dans les villes, on retrouve des quartiers riches, des quartiers plus défavorisée, des quartiers industriels... mentalement, nous agissons aussi un peu comme des voilés - nous avons tendances à côtoyer des gens qui nous ressemblent, nous oscillons en choeur d'un gouvernement à l'autre, au gré des courants d'idées qui balaient notre psyché collectif. Et, à l'instar du mouvement de groupe de nos amis ailés, personne ne décide vraiment de la direction mais tous participent. Quelquefois la direction est principalement déterminée par un événement extérieur, d'autres fois par un mouvement qui s'inscrit plus lentement dans une foulée migratoire. Là réside une clé intéressante. Nous suivons des courants d'idées dans un océan bouillonnant de pensées diverses. Quelquefois, il arrive qu'une idée prenne de l'ampleur, devienne dominante, et détermine un changement de direction d'un grand nombre. La paranoïa post 11 septembre et la marche pour la paix de samedi dernier en sont des exemples. Quelle idée peut germer de cette phrase aux 30 000 cadavres asséchés? Quelquefois, l'espoir réside là où on s'attend le moins à le trouver.