Quelle chance inouïe!

Quand on regarde les possibilités offertes par notre ADN, il y a plus de combinaisons que le nombre grains de sables dans le Sahara. Et parmi ce presque infinie cortège d'êtres humains qui auraient pu être à ma place, dont combien de Mozart, de Newton, de Whitman? Mais je suis là, et vous qui lisez ces lignes aussi. Dans notre quotidien et tout ordinaires que nous sommes, ayant battu toutes probabilités, sommes là ensemble. Quelle chance! Juste le fait d'avoir existé représente une chance inouïe.
"Sois content de vieillir, c'est un privilège refusé à plusieurs."

Quand j'ai lu ces mots, j'ai tout de suite été transporté en cette chambre d'hospital ou j'ai assisté, impuissant, aux derniers battements de coeur de ma fille. Sans le savoir, toute ma vie allait être altérée par cet événement qui me lança dans une Quête personnelle sur ma propre existence, mon sens et mon pourquoi.

Un peu comme on aimerait tant continuer de dormir le matin quand le jour se pointe, j'aurais tant aimé qu'un tel vide ne se creuse pas en moi. Mais, avec le recul, je réalise qu'il est quelquefois bon de se faire violence en quelque sorte et de se lever quand même au matin, car l'éveil est tellement plus rempli et réel que son contraire.

Comme toute naissance, cet éveil fut douloureux, pour paraphraser Yourcenar - mais combien plus enivrant. Avant, je ne sais pas. Mais maintenant, je puis affirmer que je vis, et, surtout, que cette vie que je respire, va aussi cesser un jour. Et c'est un tel privilège! En effet, combien je réalise que je suis privilégié quand je sais que le nombre d'être humains qui ne seront pas surpasse de plusieurs ordres de grandeurs ceux qui auront jamais été sur cette planète - et que, moi, j'existe. Quand on regarde les possibilités offertes par notre ADN, il y a plus de combinaisons que le nombre grains de sables dans le Sahara. Et parmi ce presque infinie cortège d'êtres humains qui auraient pu être à ma place, dont combien de Mozart, de Newton, de Whitman... je suis là, et vous qui lisez ces lignes aussi. Dans notre quotidien et tout ordinaires que nous sommes, ayant battu toutes probabilités, nous sommes là. Quelle chance! Juste le fait d'avoir existé représente une chance inouïe.

Et notre chance ne s'arrête pas à cette probabilité biologique. L'univers a quelque 15 milliards d'années. Le Soleil en a 5 milliards. et dans un autre 5 milliards, il deviendra une géante rouge dont le volume englobera le l'orbite terrestre. Il en sera définitivement terminé de notre planète. Et notre existence peut être représentée comme une minuscule lumière projetée par une lampe de poche sur une très longue règle graduée représentant le temps. La lampe de poche éclaire à peu près le milieu de la règle. En-deça de notre zone immédiate éclairée, c'est l'obscurité, la nuit des temps passés. Au delà de notre zone immédiate éclairée, c'est aussi la noirceur absolue de notre futur. La chance que nous avons d'avoir existé à ce moment, où nous pouvons respirer, vivre, regarder les étoiles, échanger et être conscient de notre place dans cet Univers est tout aussi inouïe. Ne faites que déplacer votre naissance de 0.000001% vers le passé et vous n'auriez pas eu conscience même que vous vivez - l'évolution n'ayant pas encore généré la conscience comme effet secondaire.

Et de combien d'autres incroyables chances sommes-nous le résultat? Les probabilités sont telles que si on me proposait une telle histoire, je me dirait qu'elle ne se produira jamais. Mais nous sommes là. Que la matière dont nous sommes faits, cette matière d'étoile - car chaque atome faisant partie de notre corps a déjà été au sein d'une étoile qui a dû se transformer en supernova - exploser - mourir - afin d'être créé - a réussi à prendre vie et même à prendre conscience, graduellement et à travers des millions - des milliards - d'années d'évolution et de sélection naturelle.

Et nous sommes là, poussières pensantes, matière consciente, sachant que nous avons battu toutes les probabilités, sachant que nous sommes et que nous ne seront plus un jour. Quelle chance avons-nous!

Maintenant, que décidons-nous d'en faire? Là est la véritable question.

(Ce blogue est une traduction/inspiration très libre d'un texte de Richard Dawkins)