Bûche sur lac en automne

Passer du mode jpeg (standard) en mode RAW (l'appareil ne traite pas la photo, mais sauvegarde dans un fichier les donnés telles qu'enregistrées par le CCD - les donnés brutes quoi!) En photographiant en RAW et en travaillant mes images avec photoshop et en appliquant une correction indépendante pour chacune des couleurs (R, G et B), j'en suis arrivé à établir une méthode de travail (workflow) de base qui me fait passer à un autre niveau de qualité photographique.

...Je photographie la nature, altérer le contenu serait tricher, mais corriger les couleurs afin de ramener celles-ci à une interprétation réaliste ne l'est pas.



Cette photo a été prise la toute première fois que j'ai utilisé une lentille Canon 70-200 f/2.8 L IS avec mon EOS 10D. On m'avait dit que cette lentille était légendaire, et je pouvais percevoir que la qualité finale serait intéressante. La qualité n'aurait été qu'intéressante si, en même temps, je n'avait pas changé radicalement ma méthode de traitement de mes images. Passer du mode jpeg (standard) en mode RAW (l'appareil ne traite pas la photo, mais sauvegarde dans un fichier les donnés telles qu'enregistrées par le CCD - les donnés brutes quoi!) En photographiant en RAW et en travaillant mes images avec photoshop et en appliquant une correction indépendante pour chacune des couleurs (R, G et B), j'en suis arrivé à établir une méthode de travail (workflow) de base qui me fait passer à un autre niveau de qualité photographique.

Cette photo a été prise en passant sur le bord d'un lac en Estrie - sans même descendre de l'auto. Le soleil était couché, c'était ce moment magique de la journée, sans ombre, où toute la lumière provient uniformément du ciel.

La technique doit être maitrisée sufisamment pour en arriver à un point tel qu'elle ne soit pas un obstacle à l'expression artistique, mais qu'elle en soit un tremplin. Et cette technique s'apprivoise avec le temps, j'y ai mis plusieurs années (30...), et encore aujourd'hui, j'expérimente de nouvelles subtilités avec mon appareil. Oh! Bien sûr, ouverture, vitesse, focus, les trois éléments techniques de base de toute photo, en apparence, mais il y a tellement plus! Comment, instinctivement, reconnaitre que celle-ci doit se prendre à f/8 plutôt que f/22 ou f/2.8? Que l'exposition à +1 cran est mieux qu'à 0 ou -1, ou +2... la technique doit passer dans le subconscient, de sorte qu'elle devienne une seconde nature, une extension de la main et de l'oeil. Est-ce que le golfeur sait exactement où frapper la balle, avec quelle force avec quel angle horizontal et vertical... oui et non... la technique est devenue un art à travers la pratique, l'empirisme intuitif supplante éventuellement le dogme précis des exactitudes techniques. Ainsi en est-il de la photographie.

Cette photo contient cependant quelques erreurs que je ne veux pas corriger. Pourquoi ne pas les corriger? Simplement parce que cela serait tricher. Je photographie la nature, altérer le contenu serait tricher, mais corriger les couleurs afin de ramener celles-ci à une interprétation qui m'est réaliste ne l'est pas. Quelles sont ces erreurs? La plus flagrante est le restant de souche à l'extrême gauche de la photo. Elle attire l'oeil et agace parce qu'elle laisse entendre un sujet d'intérêt hors du cadre, comme si quelque chose commençait mais auquel nous n'aurions pas accès. Si je ne veux pas le montrer, il eut été mieux qu'il ne soit pas visible. La photo n'est donc pas complête en soi, elle laisse sur son apétit, elle suspend, elle déçoit. Quelquefois, un tel effet est recherché et voulu (quand un être humain est présent par exemple), mais il est non désirable ici. C'est une nature morte, et le champ n'en fait visiblement pas le tour. Deuxième erreur: la ligne principale (démarcation entre le reflet et les herbes) est environ à 40% de la photo - elle aurait dû être dans ce cas-ci à 50%. Je tente souvent de respecter la règle du tiers, ou de la moitié, ou d'outrepasser totalement cette règle, mais ici, ce n'est rien de ceci. Aussi, cette médiane n'est pas ce qu'il y a de plus horizontal.

À montrer ce cliché à des amis, il en ressort une unanimité: le jeux des couleurs gagne. L'unité dans la multitude des tons, l'harmonie dans la profusion. L'effet automnal gagne le coeur et l'esprit avec un je ne sais quoi de magique. Juste ce qu'il faut pour laisser croire au merveilleux et que l'Univers est beau et vaut la peine d'être expérimenté. Peut-être le bonheur est-il composé de ces instants que nous éprouvons devant une main tendue et ouverte, un lever de soleil sur une montagne ou une bûche émergeant d'un lac en automne.