Bougé glacial

Comme autant d'images qu'on oubliera éventuellement malgré soi, comme ces mots qu'on aurait voulu écrire et faire rimer, comme autant d'enfants jamais portés (comme Goldman écrit dans "À nos actes manqués"). Il y a cette photo près du château de St-Adolphe d'Howard, où une petite cabane colorée par un éclairage de fin de journée persiste en mon esprit de ses couleurs pastel bleu, vert et mauve, il y a cette usine avec ses nombreuses cheminées sur un fond de ciel rouge de soleil couchant sur le bord de la 40 en arrivant à Montréal, ces reflets de fin de crépuscule dans les eaux laissées derrière par une haute marée dans les champs de St-Gabriel, et combien d'autres?



Quelquefois il fait froid au Québec. Très froid même! Ce cliché a été capturé à une température autour de -20 C, sans compter le vent. Je me demandais si le miroir n'allait pas rester figé par le gel tellement l'air était glacial, et je ne parle pas de mes doigts. Je présente cette photo pour parler d'un point en particulier - prendre le temps qu'il faut pour faire ce qu'on fait.

Si vous regardez attentivement, les branches de l'arbre sont dédoublées. Pourquoi? Il faisait tellement froid que j'ai voulu précipiter ce cliché. J'avais mon trépied dans le coffre de mon auto - à moins de 10 mètres - j'avais mes gants sur mon banc avant, j'avais même le temps de prendre mon temps. Mais je me suis pressé. 1/6 s, c'est trop lent, même à 16 mm à f/2.8. Le cliché est bougé et ne fera pas partie de mon site. Dommage, car le dégradé du noir au rouge en passant par le bleu et le jaune est quelque chose que je recherchais depuis longtemps. Ce sera pour une autre photo.

Avoir prit le temps de faire les chose de la bonne façon aurait prit quoi, 2 minutes de plus?

Je repense souvent à ces photos que j'aurais pu prendre... En fait, ces photos ratés me hantent (bon, le mot est peut-être gros!). Comme autant d'images qu'on oubliera éventuellement malgré soi, comme ces mots qu'on aurait voulu écrire et faire rimer, comme autant d'enfants jamais portés (comme Goldman écrit dans "À nos actes manqués"). Il y a cette photo près du château de St-Adolphe d'Howard, où une petite cabane colorée par un éclairage de fin de journée persiste en mon esprit de ses couleurs pastel bleu, vert et mauve, il y a cette usine avec ses nombreuses cheminées sur un fond de ciel rouge de soleil couchant sur le bord de la 40 en arrivant à Montréal, ces reflets de fin de crépuscule dans les eaux laissées derrière par une haute marée dans les champs de St-Gabriel, et combien d'autres?

Prendre le temps de faire mes photos. Voilà ce qu'il me faut cultiver. En fait, c'est encore plus simple. Prendre le temps de vivre. Choisir de m'arrêter sur le bord de l'autoroute, me prémunir contre un froid glacial, déployer un trépied. Que de choses simples. Apprendrai-je un jour?

Il est important de prendre le temps de vivre, car le résultat peut dépasser notre petit moi.