Les émotions

La différence entre les prédictions inconscientes du cerveau et les perceptions de nos sens génèrent les émotions.

Selon les plus récents (et, à mon avis, les meilleurs) modèles du cerveau humain (lisez le livre de Jeff Hawkins), celui-ci fonctionne en comparant en mode continue des prédictions avec les donnés fournies par les perceptions. Par exemple, vous montez vos escaliers en pensant à ce que vous allez manger. Vous mettez la main, inconsciemment, sur la poignée, et vous ouvrez la porte, mais celle-ci n'offre aucune résistance. Votre réaction est immédiate: vous êtes surpris. Une alarme à résonné en vous. Pendant l'ensemble de votre démarche, inconsciemment, votre cerveau faisait des prédictions de sorte qu'il n'a à révéler à votre conscient que les choses qui sortent de ses prédictions. Imaginez s'il fallait que votre conscient traite toutes les données provenant de vos perceptions, le frottement de votre linge contre votre peau, la moindre prise sur celle-ci, la pression sous vos pieds, etc, noliseraient votre conscience et il vous serait impossible d'opérer normalement. À travers l'évolution, nous avons développé des mécanisme permettant de faire abstraction des perceptions usuelles qui parviennent en grande quantité à travers nos influx nerveux afin de libérer notre attention pour traiter seulement les exceptions.

Et quand un conflit se révèle entre la prédiction et les perceptions, une alarme sonne en notre esprit. Je postule que nous appelons cette alarme une émotion. Laissez-moi m'expliquer.

Par exemple. Vous vous attendez d'un certain comportement des autres. Des comportements justes, nobles, posés, respectueux - bref, des comportement à l'intérieur de certaines limites fixées au préalable. Et vous ne remarquerez probablement pas les innombrables personnes qui vont selon vos attentes ou à l'intérieur de vos limites de l'acceptable. Mais si une personne va à l'encontre des limites que vous avez imposées en vous-même et auxquelles vous vous attendez, l'alarme qui sonnera générera de la colère en vous. La colère est toujours liée à une transgression d'une limite.

Vous marchez dans la nuit dans votre appartement. Il fait noir, vos sens sont exacerbés afin de répondre efficacement aux possibles situations. Un éclair illumine la pièce à travers la fenêtre. Vous croyez voir une ombre inattendue dans un carreau de la fenêtre. Vous avez peur. C'est la réaction normale à une situation inattendue dans un contexte qui peut potentiellement être dangereux ou menaçant.

Quelqu'un vous raconte une histoire. Votre cerveau suit et prévoit l'histoire selon certains scénarios. Tout à coup, une fin inattendue arrive. L'alarme résonne en vous - un rire se fait entendre. Si une alarme résonne quand la situation n'est ni menaçante, ni dangereuse, alors le rire prévaut.

La différence entre les prédictions inconscientes du cerveau et les perceptions de nos sens génèrent les émotions.

Mais la tristesse? Comment expliquer cette émotion?

Prenons un cas particulier, vous pourrez ensuite l'extrapoler.

Quelqu'un que vous aimez décède. Pourquoi éprouvez-vous cette abyssale tristesse? Quel est ce conflit dont je parle entre les prédictions de mon cerveau et mes percepts? La présence de cette personne dans ma vie, à la longue, à programmé mon cerveau à l'habitude de sa présence. Elle est présente dans le modèle de la réalité que se fait mon cerveau. Quand la nouvelle du décès survient, le modèle attendu entre en conflit avec l'information perçue. Mon cerveau s'attend à la pensée de sa présence. Mais elle ne sera plus jamais, et irrémédiablement présente. Là est le conflit. L'émotion subtile violente au début, se transforme lentement en émotion douce-amère à mesure que mon cerveau se programme à la nouvelle réalité. Cela prend du temps. Et lorsque ma mémoire entre en conflit avec les nouvelles habitudes de mon cerveau, alors la tristesse revient. Éventuellement, les conflits dans mon cerveau s'estompent et le deuil (conflit) passe pour ne plus laisser place qu'à la mémoire.

Demain je dois aller au salon mortuaire. La fille de mes ex-voisins est décédée à 21 ans suite à un accident de voiture. Une absurdité, un drame, un grand trou, là, juste ici, dans mon coeur. Une catastrophe pour tout ceux qui l'ont connue. Mes souvenirs de Jennie (oui je la nomme - elle le mérite) sont encore tellement vivant en moi malgré le temps passé. Son sourire, sa joie de vivre et sa candeur ne me seront plus que souvenirs, à jamais. Et voilà, mon cerveau génère une alarme entre la réalité toute crue et ma mémoire, et mon regard s'embrouille. Savoir comment mon cerveau fonctionne ne change rien à ma tristesse. Le fait de comprendre sa tristesse, et ceci n'enlève rien à sa profondeur ou à son expression.

Les émotions humaines nous définissent en très grande partie. Essayer de les comprendre n'est pas un acte de démystification. C'est un acte aussi profondément humain que l'émotion elle-même. La Science ne détruit pas la magie, elle révèle sa grandeur. Un jour, peut-être, sauront-nous vivre nos émotions aussi pleinement que nous les comprendront. Alors les mécanismes de guérison seront plus accessibles, et cet étrange éclair de conscience qu'est la vie sera plus acceptable, et plus merveilleux encore.