L'OMC à Montréal

Mes impression suite à la rencontre de l'OMC à Montréal (à deux pas de mon travail), et des manifestants associés.
26 ministres se sont réunis récemment ici à Montréal, à environ 200 mètres de mon lieu de travail. Bien sûr, les mesures de sécurité pour faire face aux alter-mondialistes étaient impressionnantes: le bloc entier de l'Hôtel où se réunissaient les conférenciers était protégé par des barricades et une constante surveillance, les artères principales étaient fermées autour du lieu de la rencontre, le trafic dévié, les médias omniprésents. Tout pour que cette rencontre se déroule le plus calmement possible. Les enjeux étaient doubles: les subventions à l'agriculture qui tuent l'agriculture des pays pauvres, et les pharmaceutiques. Je reviendrai plus en détail sur ces deux derniers sujets. Mais je veux discuter des alter-mondialistes.

La première journée, environ deux cent ont été arrêtés, amenés au poste de police et ont dû payer une caution en plus de promettre de s'abstenir de participer à des attroupements illégaux pour pouvoir être libérés. Pourquoi ont-ils été arrêtés? Quand je visualise les scènes d'individus masqués d'une cagoule, avec un marteau ou un bâton de base-ball, fracassant des vitrines sur une artère commerciale au nom d'une supposée opposition à la mondialisation, j'ai le goût de vomir.

Quelques manifestants ont réussi à donner mauvaise presse à tout le mouvement alter-mondialiste à qui je donne légitimité et raison d'être. Il faut dire que la presse était plutôt avide de telles bavures...

Au fait, quelle est la véritable intention d'un manifestant qui insère un marteau ou un bâton dans son sac le matin en se disant qu'il va manifester aujourd'hui? Et que peuvent bien penser ces autres manifestants qui suivent une bande de cagoulés (car ceux-ci étaient en avant)? J'ai manifesté contre la guerre en Irak, à -35C dans les rues de Montréal. J'étais en accord avec certains slogans, et pas contre d'autres. Ceux-ci, je les reprenais haut et forts, ceux-la, ne trouvaient écho dans mon silence. Mais il y a cette marge ou je n'accepte pas un mal pour réparer un autre mal. Je me marcherai pas derrière un cagoulé - celui-là même qui ose crier haut et fort une opinion sans avoir le courage la signer avec son propre visage.

De plus, quand on demande à certains manifestants le pourquoi de cette rencontre de l'OMC, peu peuvent vraiment répondre. Le devoir et l'obligation de tout manifestant est d'être conscient du pourquoi de son geste, de se tenir informé, critique et souple d'esprit. Je veux entendre des manifestants intelligents, informés, engagés, humble de coeur et, avant tout humains. De certains croient que l'OMC est déshumanisée. On n'humanise quoi que ce soit par la violence, mais par le dialogue et le désir de résolution. L'OMC existe et est là, c'est un fait. Des gens de bonne volonté y travaillent afin d'améliorer les conditions de vie de tous les êtres humains, c'est un fait. Des vitres ont été cassées, c'est un fait. Des cagoulés ont marché dans les rues de Montréal criant leur haine, c'est un fait.

Bien sûr il y a beaucoup (la majorité je dirais) de gens sincères et profondément humains parmi les manifestants. Bien sûr certaines têtes écervelées ont pris tout le terrain médiatique. Bien sûr, les médias ont mis l'accent sur les gestes disgracieux. Mais le résultat est le même: manifestants, ministres, journalistes, riches et moins riches, tous, nous devons travailler pour équilibrer ce monde, apporter justice et équité sur cette planète et amoindrir les souffrances et les pleurs.

C'est ce que certains manifestants essayaient de faire. Et c'est aussi ce que certains conférenciers essayaient aussi de faire. Tant de brouhaha, tant d'incompréhension, tant de mots qu'il aurait fallu dire.