Perte de temps?

Est-ce une perte de temps que de tenter d'imaginer notre futur?
Cette semaine je lisais un blogue sur le web 3.0. Bon, histoire de fournir un certain contexte, il est généralement accepté que nous sommes présentement dans l'ère du web 2.0. Et ceci depuis quelques années seulement. Le web 2.0 est généralement défini comme étant un web plus social et collaboratif, où chacun peut non seulement lire le web (lecture seulement était plutôt web 1.0), mais aussi y écrire. D'ailleurs, les blogues sont web 2.0. comme les sites comme flickr.com, youtube.com etc.

L'auteur du blogue en question disait qu'il avait fait partie d'un groupe de réflexion sur le web 3.0. Que sera le futur du web? (J'ai mon idée là-dessus, je bloguerai éventuellement sur ce sujet) Et un panel avait été formé, dont il faisait partie, afin de tenter d'amener des éléments de réponse à cette question. Et le blogue de ce type (vous pouvez le lire ici) contenait des éléments de réponse et demandait aux visiteurs de commenter. C'est en lisant les commentaires que j'ai sauté une coche.

Beaucoup de commentaires (pas seulement sur le blogue en question mais aussi sur digg) étaient négatifs, éteignoirs, rabat-joie. Beaucoup écrivaient que c'était une perte de temps de penser à de telles choses, que le marché allait décider, nonobstant des idées que nous pouvions avoir, etc. Boum! Je saute ma coche.

Perte de temps? Le marché va décider?

Bien sûr, tenter d'imaginer le futur est perdre son temps. Tout comme la poésie, l'art ou la philosophie tant qu'à y être! Non mais! Je suis certain que quand Èratosthène essayait de mesurer le rayon de la terre en 200 avant J.-C., plusieurs lui disaient que c'était une perte de temps. D'autres ont pensé plus tard que c'était une perte de temps d'essayer de faire voler des objets plus lourds que l'air, et que dire d'aller sur la lune! À quoi bon - perte de temps! PANTOUTE! (bon, je sais c'est pas très français...) De tout temps, cette race humaine dont nous sommes tous issus a été fasciné par ce qui nous attend. La curiosité, l'espoir et l'imagination sont de notre nature même. Bien-sûr, ce sont là des traits hérités de notre besoin même de survie mais ils font néanmoins partie de qui nous sommes. Et quand certains parmi nous essaient d'imaginer le futur, de créer une vision, de proposer une utopie, il y a ces 'réalistes'... Or, ce sont justement ces idées, ces concepts et ces rêves qui constituent le tissu dont notre avenir est fait. Les idées sont de cette nature où l'une engendre l'autre, et, ainsi de suite, jusqu'à celui qui réussi à en sélectionner une et lui faire prendre racine. Les idées expriment notre potentiel et nous poussent à changer. Elles sont le germe de demain. Et ce serait une perte de temps que de les cultiver? Jamais! Quand je lis des essais sur le web 3.0, ou sur la Singularité, je vois un devenir, un foisonnement du potentiel. Comme le doigt qui montre les étoiles, il faut oublier le doigt et regarder au-delà. Et quelquefois, l'étoile que montre le doigt est intéressante.

Le marché va décider? Le marché est loin d'être la seule force en jeux dans le devenir de l'humanité. Oui, il est vrai qu'aujourd'hui, dans notre civilisation, le marché et l'économie sont maîtres (j'ai déjà fait une montée de lait là-dessus d'ailleurs), mais l'argent n'est quand même pas la seule force à laquelle nous soyons soumis. En fait, j'avance qu'elle n'est pas la plus grande force qui dirige notre destinée. Bien d'autres motivations sont présentes: les passions individuelles, les courants de pensée (aussi appelée mèmes), les rêves et les utopies individuels, la soif du pouvoir, le recherche du bonheur, la peur de la mort et de la souffrance, l'amour... et combien d'autres. Comment se classe le facteur économique face à ces motivations? Alors dire que l'économie dictera notre devenir m'est une absurdité qui relève d'une incompréhension phénoménale de l'être humain profond. L'économie peut, à la limite, être un moyen pour certains buts, mais sûrement pas une fin ou une motivation. Alors avancer que l'économie dictera m'est un peu gros. Bon, je sais que je me fais tout plein d'ennemis 'haut-placés' par ces mots... Happy Mais je persiste. Les idées et les rêves ne sont pas strictement assujettis à l'économie et ne sont pas une perte de temps.

"Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l'ont construit avec leurs rêves...", comme écrivait Bernard.