sur la conscience...

La conscience peut dont se réduire comme le résultat de la perception, du traitement, de l'appréciation, de la mémorisation, de la récupération et de la contextualisation de l'information concernant soi-même. Il n'y a rien d'extérieur, rien de transcendant, rien de magique. La conscience est un simple traitement d'information.
Il y a déjà plusieurs années que je réfléchis sur la conscience. Je prends des notes, j'écris, j'efface, j'écris encore, je cumule des idées et des articles, des pensées et des anecdotes. La notion même de conscience me fascine (comme bien d'autres concepts que dont je traiterai éventuellement, ici ou ailleurs). Et j'ai le goût de partager avec vous où j'en suis.

Je ne discuterai pas ici de conscience morale mais plutôt de conscience psychologique. Le premier permet de porter un jugement de valeur sur ses actes, le second est une connaissance intuitive de soi qui nous permet de nous positionner et de nous reconnaître de l'autre et de l'objet. C'est de cette seconde définition dont je voudrais vous entretenir.

Il y a tellement de personnes, scientifiques, philosophes, théologiens, biologistes, psychologues, neurologues, informaticiens, etc. qui ont essayé de cerner ce qu'est la conscience. C'est même un des domaines fondamentaux, et toujours de pointe, de l'informatique: l'intelligence artificielle. D'ailleurs, le test de Turing, qui est un test qui permettrait de savoir si un ordinateur est conscient, peut se présenter comme suit (selon wikipedia): le test de Turing (élaboré par Alan Turing en 1950) consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain, à l'aveugle (dont, un humain H1, face à deux sujets: un autre humain (H2) et un ordinateur (O)). Si l'humain qui engage les conversations (H1) n'est pas capable de dire qui est l'ordinateur (O) et qui est l'autre humain (H2), on peut considérer que l'ordinateur a passé avec succès le test. Aucun ordinateur à ce jour n'a passé avec succès ce test (quoique je crois bien que certains humains ne le passeraient pas non plus! Winking

Alors puisque tant de personnes ont essayé de définir et de cerner la nature de la conscience, pourquoi pas moi aussi!

Tout d'abord, quelques observations de base.

1. Si je vous dit qu'hier, vous avez fait ceci ou cela, et que je puisses vous prouver que vous l'avez fait (par un enregistrement vidéo par exemple) et que vous ne vous en rappeliez pas, votre seule explication sera que vous n'étiez pas conscient. Un trou dans la continuité de la mémoire est directement associé à la conscience. En fait, la mémoire elle-même est directement associée à la conscience. De plus, la conscience est relative. Vous pouvez être conscient en ce moment même, et juger demain que vous n'étiez pas conscient aujourd'hui - selon votre mémoire.

2. Il est difficile de prendre conscience de quelque chose si nous ne percevons pas cette chose, directement ou indirectement. Nos sens interviennent dans l'élaboration de la conscience. En fait, je doute que la conscience puisse se développer sans une quelconque entrée de stimuli. Sans stimuli d'aucune sorte, point de conscience. Je postule.

3. La conscience semble faire partie d'un continuum, d'un tout depuis aussi loins que nous pouvons nous rappeler. Tous les éléments de notre mémoire doivent êtres rattachés d'une façon ou d'une autre afin de faire partie de nous. Si une information n'est pas rattachée, on dit qu'elle fait partie de notre subconscient. D'ailleurs, peut-être est-ce là une raison d'être des rêves: processer l'information emmagasinée dans notre cerveau afin de la rattacher à d’autres bribes d'information dans le but de compléter ce continuum. Je postule ici que les rêves solidifient, ancrent, notre conscience.

4. La conscience implique un retour sur soi. On dit d'un être qu'il est conscient quand il peut se contextualiser lui-même dans son propre environnement. Mais le dire n'est pas suffisant, il doit non seulement en être convaincu, mais aussi en avoir une connaissance critique intuitive. conscientia signifie "connaissance partagée", j'ajoute, avec soi-même.

5. La conscience est totalement subjective. Il n'existe aucun moyen mesurable qui permet de démontrer qu'une entité quelconque autre que soi-même est consciente. C'est un peu comme être en amour: personne ne peut savoir objectivement ou nous dire qu'on est en amour, on le sait c'est tout, et c'est une expérience personnelle. Ainsi en est-il de la conscience: personne ne peut savoir objectivement ou nous dire qu'on est conscient, on le sait, de façon personnelle, c'est tout. Ou du moins croyons-nous le savoir. Quelle serait la différence entre une machine qui répondrait automatiquement "oui" à la question "suis-je conscient" et nous? Comment nous convaincons-nous nous-même que nous sommes conscient? Comment pouvons prouver à quiconque que nous sommes conscient? Le seul test dont nous disposions est celui de Turing, évoqué plus haut, et il est essentiellement subjectif et intuitif.

6. Plus on traite rapidement l'information qui nous est présentée, plus on semble être conscient, ou présent. On dirait aisément d'une personne qui prend un temps trop long à traiter une information qu'elle est peu consciente. La présence est un observable subjectif de la conscience.

De ces observations, toute simples somme toute, on peut tirer quelque chose d'intéressant.
La conscience est liée directement à la mémoire et au temps. La mémoire conduit directement à l'information. Le temps à la vitesse de manipulation de celle-ci.

La conscience peut être définie comme la capacité de percevoir, traiter, jauger, storer, accéder et contextualiser l'information.

Ni plus, ni moins.

Il y a des mots clés dans cete définition: traiter, jauger et contextualiser.

Traiter est transformer l'information en information utilisable, aussi connu sous le nom de connaissance. Relier l'information à d'autres informations et qualifier le lien, le jauger, établir sa force et ses caractéristiques, est en fait traiter l'information. Ceci revient à connecter dans notre cerveau un élément d'information avec d'autres éléments d'information. En bonus, ceci se résume à contextualiser l'information.

Lorsque ce processus est retourné sur lui-même, appliqué par l'entité qui l'opère sur l'entité elle-même, la connaissance de soi dans sa propre réalité, et son jugement, en découle. Ce qui nous ramène à la définition du petit Robert...

La conscience peut dont se réduire comme le résultat de la perception, du traitement, de l'appréciation, de la mémorisation, de la récupération et de la contextualisation de l'information concernant soi-même. Il n'y a rien d'extérieur, rien de transcendant, rien de magique. La conscience est un simple traitement d'information.

Puisque toutes ces opérations sur l'information peuvent s'effectuer par un ordinateur grace à des techniques diverses et complémentaires, ce n'est donc qu'une question de temps avant qu'un ordinateur ne parvienne à la conscience.

Les implications seront alors... intéressantes.

Et vous? Quelle est votre définition de la conscience? Je suis toujours ouvert aux nouvelles idées ou à des anecdotes éclaitantes.

Quelques citations tirées de mes notes sur la conscience:

L'homme est la nature prenant conscience d'elle-même. -Elisée Reclus

L'être ne détermine pas la conscience, c'est la conscience - qui détermine l'être. -Marina Tsvetaeva

Ce que j'appelle vivre n'est pas autre chose que la conscience que l'humanité a d'elle-même. -Julien Green

On ne naît pas en naissant. On naît quelques années plus tard, quand on prend conscience d'être. -Réjean Ducharme

Prendre conscience, c'est transformer le voile qui recouvre la lumière en miroir. -Lao-Tseu (Extrait de Tao Te King)