Congédiement de Parenteau

Pour une fois qu'un billet relevait d'une intelligence, d'une finesse et d'une perspicacité qui dépasse la farce de niveau pipi-caca ou le bulletin de nouvelle insipide et dénuée de toute humanité sous faux-prétexte qu'il faille éviter l'opinion éditorialiste à tout prix.
Lettre envoyée à Radio-Canada suite au congédiement de François Parenteau en décembre 2005.
 
à: auditoire@radio-canada.ca 
cc: info@LesZapartistes.com, LeBigot@montreal.radio-canada.ca 
 
Le congédiement de François Parenteau ne me sera pas passé comme une p'tite vite à l'instar de la loi sur l'eau que les libéraux espèrent à l'ombre médiatique du véloce bulldozer-loi anti-CPE. 
 
Pour une fois qu'un billet relevait d'une intelligence, d'une finesse et d'une perspicacité qui dépasse la farce de niveau pipi-caca ou le bulletin de nouvelle insipide et dénuée de toute humanité sous faux-prétexte qu'il faille éviter l'opinion éditorialiste à tout prix. Il ne faut pas avoir peur des opinions, comme ça semble être le cas chez vous, mais il faut les présenter avec équilibre, justesse et ouverture d'esprit. Il est intéressant que j'aie appris le départ de Parenteau la soirée même où, sur vos ondes, on pouvait entendre une émission sur l'humour concluant que les gens aiment un retour à l'humour engagé et mordant... 
 
J'entendais vos raisons pour tenter de justifier votre acte. Il lui est reproché qu'il verse trop dans l'opinion! Mais c'est justement pour ceci que nous l'écoutons! Il mélange avec brio l'humour et le commentaire, le sarcasme et l'opinion, l'impudeur et l'intelligence. En bâillonnant Parenteau, non seulement vous portez atteinte à l'intelligence de vos auditeurs à qui vous niez toute capacité de discernement, mais en plus vous perdez une bonne cote de crédibilité sur votre indépendance, car le congédiement de Parenteau ressemble beaucoup plus à une ingérence du politique dans les affaires de MA Radio-Canada qu'une prétendue rigueur ségrégationniste entre le divertissement et l'information. J'espère que vous réaliserez que la différence entre les deux réside beaucoup plus dans l'esprit du receveur que dans celui de l'émetteur. En congédiant Parenteau sous prétexte qu'il présente des opinions engagées dans ses billets, vous me méprisez tout simplement. Et vous devenez un peu plus fade et inintéressant. Peut-être avez-vous jugé que vos cotes d'écoute étaient maintenant trop élevées. 
 
Les dents ont deux fonctions: broyer la nourriture afin de mieux l'ingérer, et les montrer pour soi rire, soi exiger le respect. Parenteau les montrent dans un perspicace rictus, et provoque chez ses auditeurs le même mouvement labial et de l'esprit. Parenteau fait partie du plus beau sourire de Radio-Canada. Par son congédiement, vous venez de vous extraire une belle dent et votre coup de force sur l'incisive Parenteau semble avoir ébranlé et fait tomber quelques copines: en écrivant ces lignes, j'apprends la démission de Christian Vanasse en protestation au congédiement de François Parenteau! Le sourire de Radio-Canada aura bientôt l'éclat de celui de pépé sans son partiel... avant sa mort. 
 
Chez moi, le samedi, quelques minutes avant onze heure, vous pouviez entendre mes enfants s'amuser à crier: "Chuuut! C'est le billet de Parenteau!" Maintenant, je devrai expliquer à mes enfants que le billet de Parenteau n'est plus. Et quand ils me demanderont pourquoi, je serai obligé d'expliciter, objectivement et sans opinion bien sûr, que quelquefois, quand on est à la fois lucide, intelligent, humoriste et engagé, on risque de perdre notre emploie chez Radio-Canada. 
 
Ramenez Vanasse et Parenteau. Et donnez-leur carte blanche, comme il se doit. Point. 
 
- Edouard Boily, Auditeur Libre.