Un jour...

Suite à la relecture d'un poème de William Blake...
Je relisais aujourd'hui un poème extraordinaire de William Blake: Auguries of Innocence. Un passage va comme suit:
 [...]
He who shall teach the Child to Doubt
The rotting Grave shall ne'er get out.
He who respects the Infant's Faith
Triumps over Hell & Death.
[...]

Je suis tous à fait d'accord pour respecter la foi d'un enfant, car les enfants n'en ont jamais aucune. On ne naît ni Chrétien, ni Musulman, ni Bouddhiste. On naît sans croyances ni connaissances, seulement avec des un tas de prédispositions et d'indispositions génétiques et dans un milieu dont la culture nous influencera. La confession dont nous héritons est purement accidentelle, selon l'endroit et le moment où nous devenons. Ainsi, je suis né en Charlevoix, au Québec, de parents catholiques, j'ai alors hérité de cette culture et de cette foi - dont je me suis affranchi beaucoup plus tard. Si ma naissance eut lieu en Afrique du Nord, j'eu hérité fort probablement d'une croyance Musulmane. Si ma naissance eut lieu il y a 3000 ans ailleurs, j'eu probablement cru en des dieux aussi divers que les mystères qu'il expliquaient tant bien que mal. La croyance est relative.

Les religions furent fort probablement nécessaires pour que l'humanité puisse émerger du chaos et du désordre qu'impose la survie et la lutte sauvage dans un environnement où tout et tous semblent hostiles. La fin de l'âge de bronze vit apparaître les premiers systèmes sociaux et religieux organisés. L'humanité a pu sortir de l'enfance et sa période d'adolescence s'est poursuivie à travers les émotions fortes que gèrent et génèrent les religions et les régimes politiques strictes. Nous avons quitté l'âge de bronze depuis longtemps déjà. Il est peut-être temps de faire le point et de regarder non seulement le chemin parcouru mais aussi celui à parcourir.

Si j'extrapole sur ce que nous pouvons devenir, je vois une continuation du nettoyage des superstitions à l'échelle humaine. Nous allons avoir de moins en moins peur que Zeus nous foudroie, qu'Osiris nous prenne en rhume, qu'Odin soit en colère contre nous. Nous allons continuer à progresser en Science et en Connaissance, abandonner lentement les religions-réponses ou les religions-craintes, passer par une phase de religiosité plus intérieure et subtile qui va finalement se dissiper. Les montées du radicalisme religieux observables depuis quelques années ne sont, à mon avis, qu'un soubresaut, une réaction devant l'inévitable triomphe de la raison et de l'évolution de l'humanité. Comme tout virus (de l'esprit), ces idées passéistes vouées à s'éteindre tentent désespérément de survivre.

Nous allons aussi progresser du côté des lois et des systèmes politiques. Un jour peut-être n'aurons plus besoin de lois. L'être humain sera suffisamment évolué pour prendre en considération les autres dans son schéma de réactions et sera capable d'agir sans lois autres que la raison. Les lois évolueront lentement vers non plus des interdictions mais plutôt vers des conventions - on s'entend que tous conduisent à droite (une choix arbitraire, d'où le nom de convention) - ça évite les accidents, que la lumière rouge veut dire de ne pas passer - ça évite aussi les accidents, etc. On suivra ces conventions non pas parce qu'il y aura une loi punitive en support, mais parce que cela a tout simplement du sens et est raisonnable.
Un jour peut-être l'égoïsme et la cupidité seront aussi évacués de notre bagage génétique. J'y reviendrai dans un autre blogue.

Alors, considérant vette vision de notre devenir, je répondrai aux vers de Blake par ces vers-ci:
 Celui qui permet à l'enfant d'éviter les superstitions,
En lui ouvrant le coeur, l'esprit et la raison,
Celui qui montre comment sereinement douter,
Triomphe des peurs obscures et des arbitraires sanctifiés.

Un jour...