Hiver

Il est des passages de la vie où nous nous sentons submergés par une émotion de lassitude. Un peu comme si les couleurs perdaient leur vivacité, ou les saveurs leur goût. On perd de vue notre mission de vie. On SE perd de vue. Le brouillard s'installe et une torpeur de l'âme prend le dessus. De tels périodes nous amènent souvent à nous questionner sur le sens de notre existence. Est-ce juste ça la Vie? Est-ce tout?
Il est des passages de la vie où nous nous sentons submergés par une émotion de lassitude. Un peu comme si les couleurs perdaient leur vivacité, ou les saveurs leur goût. On perd de vue notre mission de vie. On SE perd de vue. Le brouillard s'installe et une torpeur de l'âme prend le dessus.

De tels périodes nous amènent souvent à nous questionner sur le sens de notre existence. Est-ce juste ça la Vie? Est-ce tout?

En premier réflexe, on cherche alors à s'évader à tout prix. Tel le prisonnier recherchant désespérément la liberté, nous entreprenons une quête de changement. Un peu comme si tout pouvait être mieux que la prison intérieure où nous croupissons.

Nous cherchons, un peu sans savoir vraiment. Et nous rêvons de liberté, de bonheur, de rires et de vastes étendues sans contraintes ni obligations. Notre vision romantique nous fait imaginer lettres de démission fracassantes, bris de quotidien et évasions ensoleillées loin des chaînes qui nous retiennent à notre maussade réalité. Nous nous voyons dans la grande bleue sur une plage des Caraïbes, ou au sommet d'une montagne du Bouthan en compagnie de moines bouddhistes, ou a faire ce pourquoi nous existons vraiment dans un sentiment total d'accomplissement... Partout est mieux. N'importe ou est meilleurs. Autrement est préférable.

À l'étude, on réalise alors que ce que nous voulons réellement fuir, c'est un vide. Un vide comme des bancs de parc désertés par les amoureux et les oiseaux. Un vide qui rempli nos vies et le bref intervalle de temps dont nous avons été affligés de conscience. Nous voulons fuir ces embouteillages, ces obligations futiles, ces faux sourires et ces lundi matin qui ne devraient jamais exister. Mais nous savons, au tréfonds, que toutes ces fuites ne sont que fantasmes temporaires d'un exutoire imaginaire. Nous entendons les secondes s'écouler au rythme des battement de notre coeur, et s'éveille alors la peur que tous ces battements auront peut-être été en vain. Là est la véritable frayeur de notre existence: avoir l'intime impression que nous n'auront pas réellement existé. Que toutes nos épreuves, toutes nos larmes et nos efforts, sont vides, sans forme et sans conséquence. Qu'après soi, ne sera que comme avant soi.

Il nous faut alors trouver quelque chose. Une réponse, une raison, un but.

On peut alors chercher longtemps un signal en soi. Quelque chose qui émerge du bruit et qui nous renseigne un peu sur soi et sur ce qui devrait. Ce signal est pénible à chercher. Il exige un effort considérable d'introspection et de journées qu'on sait vides mais qui sont autant d'investissement en vue d'atteindre éventuellement une certaine satiété de l'âme. La démarche est longue. Parfois même saisonnière. Il faut se convaincre qu'il faut continuer de respirer. Car on ne sait jamais ce que la prochaine vague va apporter comme disait le personnage de Tom Hanks dans le film "Seul" (Cast Away). On n'a pas l'espoir; on a l'espoir de l'espoir. Un sens est possible. Là est la seule foi à laquelle s'accrocher. C'est le ressort de résilience se déploie en soi, nous obligeant à réagir.

Le fait de vivre dans une société d'abondance n'y change rien, bien au contraire. De plue en plus, dans notre société, on peut réaliser notre potentiel. Tellement de possibilités nous sont présentées! Mais nous sommes cependant aux prises avec l'inéluctable incapacité de vraiment savoir comment orienter notre vie. Tous les chemins sont possible. Mais lequel est sien? Et comment le déterminer? Est-il unique? Immuable? Et de toutes façons, trop de chemins, c'est comme pas assez. C'est souvent dans l'abondance que l'être humain se sent le plus pauvre.

Il y a bien sûr quelques étoiles filantes, quelques signature de vol d'un oiseau par une aube d'un printemps tardif, quelques notes de musique volées au passage dans une ruelle... quelques échanges dans la grande bleue électronique... pour nous montrer un évanescent chemin. Mais de tels sentiers louvoient souvent le long de la pente ascendante de l'effort vers l'autre et la gravité de la lassitude nous attire tellement fort vers la terre.

Est-ce que Mozart, au crépuscule de son existence ressentait ce vide? Bach? Einstein? Jung? Est-ce que la contemplation de l'abysse du néant mène inévitablement au vertige? Ou devons-nous tout simplement nous y habituer et s'y conforter? Est-ce que, vraiment, la seule chose que nous possédions vraiment dans l'absolu sont les autres? Et c'est là notre véritable richesse? Est-ce là où réside l'ultime solidarité humaine?

Il y a ce vieux proverbe Russe qui dit qu'au royaume de l'espoir, il n'y a pas d'hiver. J'ajoute que ce royaume est peuplé d'amis.