La fillette de Cuzco.

Un court segment de mon voyage au Pérou en 1998.
Il faisait sombre dans la petite pièce. J'étais assis là, à regarder l'étrange décoration de ce commerce d'un autre monde. Il y avait des armoires pleines de compartiments d'herbes et de graines de toutes sortes, des plumes étaient attachées à des pierres et ces dernières composaient une sorte d'amulette enfilée avec d'autres pierres pour je ne sais quelle cérémonie. Il y avait d'autres sortes de colliers accrochés aux poutres noircies du plafond, certains faits de colibris séchés...

L'atmosphère était humide, par une étoufante fin d'après-midi, et, habillé en "gringo du nord", je transpirais abondamment.

J'étais perdu dans mes observations objectives - car aucune idée ne venait teinter ce que mes yeux me rapportaient. Mario était dans l'autre petite pièce, juste à côté, il parlait à la tenancière de ce haut lieu de traffic d'objets que peu de gens désirent vraiment - ce qui devait expliquer l'absence d'achalandage et le silence qui régnait, autant dans la ruelle ensoleillée que tout autour du banc de bois ou je m'étais assis en attendant Mario. Tout ce que je savais, c'est que c'est moi qui allait payer l'addition. Addition de quoi? Que pouvait-il bien avoir besoin provenant d'un lieu pareil? J'allais sûrement le deviner bientôt. Après-tout, quand on est chamane, il faut bien des ingrédients pour exercer sa profession, et Mario était un chamane professionnel.

J'étais assis là, calmement, quand je sentis quelque chose bouger dans le coin opposé, juste sous la fenêtre, tapis dans une ombre encore plus épaisse que celle où je tentais de me cacher pour éviter la radiation solaire. Mon regard se posai intensément en direction de la source de ce mouvement à peine décelé. Je plissai les yeux et je sursautai presque quand je devinai deux yeux ronds qui me regardaient. Je souriai à une fillette silencieuse - oh - d'à peine 3 ou 4 ans. Elle s'approcha lentement de moi, sans dire un mot - j'imagine que mon calme et mon sourire furent tout ce qu'il fallait pout l'apprivoiser. Quand elle fut à quelques centimètres de moi, elle tendis les bras pour me faire signe de la prendre. Je regardai d'un côté, puis de l'autre, personne, que des voix espagnole provenant de l'autre pièce et auxquelles je ne comprenais rien de toutes façons. Je la pris et l'assis sur mon genou. Elle me regarde longuement, me dévisageant presque. Je regardai ses yeux, d'un brun profond, presque noir. On pouvait à peine discerner la pupille tant son iris était foncé. Elle avait le visage sale - quoi de plus normal pour un tel endroit! Elle se détourna lentement et commença à jouer avec la poignée de la porte tout en demeurant assise sur moi. Je fit de même. Je touchai à la poignée, l'actionnant lentement et clairement, comme si je voulais lui expliquer comment elle fonctionnait. Elle me regarda, une étincelle d'excitation dans les yeux, et répéta mon geste, puis me fixa de nouveau. Je recommencai, plus lentement, tout en prenant bien soin de lui indiquer gestuellement que quand le loquet se soulève, la tige de métal le fait aussi. Elle rit, et répéta mon geste avec rapidité deux ou trois fois. J'étais absorbé dans l'échange le plus important du monde, entre une petite fille Péruvienne sans voix et un astrophysicien en Quête de sens, quelque part dans les rues de Cuzco, quand Mario revint dans la pièce avec celle que je devinai être la maman. Mario et la maman hésitèrent une fraction de seconde avant d'entrer, ayant deviné l'importance du moment, puis la maman sourit et prit sa fillette en m'adressant un regard bienveillant en même temps que quelques mots d'espagnol qui demeurèrent des sons incompréhensibles dans mon esprit. Mario m'indiquai combien je devais débourser et franchit la porte ouverte.

Comme je sortai derrière lui, j'entendis un son qui me fit jeter un dernier regard derrière moi, et je vis une fillette dans les bras de sa maman qui tendait les siens vers moi. Tout de suite, une pensée de Marie-Michèle m'envahit et l'émotion me monta instantanément aux yeux. Ce fut la dernière fois que je la vit, la fillette sans nom de Cuzco, jusqu'à ce soir, où elle m'est si vive à la mémoire, juste pour un blogue sur un site web quelconque.