Cerveau et Éducation

Ce que nous savons influence notre perception. Nos sens ne sont pas objectifs. Un coup que nous savons quelque chose, il devient impossible d'en faire abstraction.
Une caractéristique intéressante de notre cerveau est que ce que nous savons influence notre perception. Nos sens ne sont pas objectifs. Un coup que nous savons quelque chose, il devient impossible d'en faire abstraction. Faisons une petite démonstration.

Écoutez ce fichier:

C'est un gribouilli incompréhensible.
Maintenant écoutez ce fichier-ci:

Ensuite, ré-écoutez le premier fichier.

Le premier fichier n'est plus du tout incompréhensible. Même qu'il est impossible de remettre votre cerveau dans le même état qu'avant, où les sons étaient incompréhensibles. Il est impossible de faire abstraction de ce que vous savez. Et ceci n'est pas seulement vrai pour l'audition, nos autres sens dont les influx sont interprétés par notre cerveau obéissent aux même traitement. À titre d'exemple (l'exemple est tiré d'un article de Nava Rubin), regardez cette image et tentez d'y voir quelque chose:



Maintenant cliquez sur l'image, et revenez ici. Regardez de nouveau l'image et essayez de ne pas tenir compte de votre connaissance nouvellement acquise...

L'apprentissage ne se fait pas seulement de bas en haut, en assemblant des éléments d'information, mais aussi de haut en bas, en interprétant les perceptions avec nos connaissances.

Notre cerveau est constamment à l'affût de patterns et de signification dans le monde qui nous entoure. À travers nos sens limités, il perçoit et enregistre des patterns, peu importe s'ils sont réels ou non. Et, que nous le voulions ou non, ces patterns subconscients que notre cerveau détectent vont influencer notre perception consciente de la réalité. Nous avons des préjugés. Aussi bien le reconnaître et justement tenter d'en tenir compte dans nos opinions. Je me souviens en astronomie, il était important de bien connaître les déformations que le télescope induisait aux images que nous prenions, pour pouvoir ainsi en tenir compte et les enlever dans le traitement de l'information. On appelait cela enlever la signature de l'instrument, ou soustraire la fonction instrumentale. Pouvons-nous faire de même avec nos perceptions? Pouvons-nous soustraire la fonction instru-mentale qui est sous la forme de nos pré-jugés dans notre esprit et d'ainsi émettre des opinions plus éclairées basées sur une perception corrigée?

Enfant, nous avons tendance à être plus en mode d'apprentissage bas-en-haut, puisque notre banque de connaissance est relativement ténue. Mais en vieillissant, nous développons des cercles vicieux où nous voyons et percevons seulement ce que nous voulons bien voir et percevoir. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il est si difficile d'être ouvert aux nouvelles idée ou de changer d'opinions après un certain âge. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle les écoles où vont nos enfants doivent demeurer laïque...

Notre cerveau est un incroyable outil. Nous l'utilisons tout le temps et il nous est indissociable et même identitaire. Il est le siège de tout ce que nous sommes, de toutes nos idées, nos opinions, nos souvenirs, nos peurs et nos aspirations. Nous l'utilisons inconsciemment, sans trop savoir comment. Plus nous le comprendrons, mieux nous pourrons l'utiliser en tenant compte de ses limites, ses illusions et ses capacités. Plus nous comprendrons notre cerveau, plus nous pourrons évoluer comme individus et comme société. Peut-être même comme espèce! Et cette évolution passe inexorablement par l'éducation.

Voilà l'importance de l'éducation.

Voilà une toute nouvelle perspective au fameux gnōthi seautón socratique.