Mémoires d'Hadrien

Marguerite Yourcenar
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Il arrive quelquefois qu'on mette la main sur un livre, recommandé souvent, en ne sachant pas.

On commence à lire. On tourne les pages. Au début il y a ce vague sentiment, à peine perceptible. On continue de lire. Et le sentiment prend lentement forme, il se précise et il grandit. Jusqu'à ce qu'on réalise la nature réelle de cette impression: on foule un des sommets de la littérature humaine. Et c'est la certitude. C'est un chef-d'oeuvre! On savoure désormais chaque mot, chaque leçon de vie, chaque idée. Cependant, au fil des page qu'on tourne aussi lentement que possible, un deuil peu à peu s'installe. Plus on s'approche de la dernière page, plus on sait que jamais une telle expérience ne se représentera à nous. Puis c'est la cassure de la dernière page. On entre dans la mort les yeux ouverts. On aura beau chercher fébrilement une expérience intérieure semblable, on sait que le sommet est derrière soi. On essais les autres de Yourcenar, dans l'espoir. On essaie Proulx, Hesse, Camus. Mais en vain. Alors on commence à jalouser ceux qui ne l'ont pas lu, car on sait combien grande sera la découverte. On jalouse le potentiel de l'innocence.

Ainsi en est-il des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar.

Il y a avant. Et il y a après.

Puisse ce livre être le dernier que vous lirez, car les suivants demeureront inachevés.
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